Denis

Ludivine
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Une histoire incroyable
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Denis Ribreau est un galeriste parisien passionné par l’esthétique du Japon et le design Scandinave.
Depuis vingt ans déjà, il fait découvrir au public parisien des artistes japonais contemporains qu’il déniche lors de ses nombreux voyages au pays du soleil levant.
Je l’ai rencontré à la foire parisienne AsiaNow il y a un an, nous avons sympathisé, je lui ai acheté un tableau.
Un personnage avenant et inspirant, à rencontrer dans la galerie Anthologie, à Paris en plein cœur du 7è arrondissement.

 
 

Bonjour Denis, qu’aurais-tu envie de nous dire sur toi ?
En temps normal, je partage mon activité entre la France et le Japon. Je recherche des artistes qui expriment leur sensibilité dans la maîtrise de leur savoir et du geste, et dans leur tradition.
Depuis une vingtaine d’années, tous mes voyages au Japon m’ont permis de rencontrer des personnes qui ont ce profil et qui sont ouverts à l’échange.
Moi je crée juste ce dialogue, cette complicité entre la France et le Japon, l’Europe et l’Asie. Avec des artisans, des artistes et également des designers. Tout un esprit contemporain, un style de vie, une époque que j’aime découvrir et partager avec ces gens là.
La galerie Anthologie est comme une poésie, le recueil des œuvres de ces artistes et de ces cultures rencontrés au fil des années. Elle représente le travail et le temps passé avec eux, mais aussi le rapport à la lumière et aux matériaux.
Je m’attache à faire découvrir cela au public parisien et français, au travers d’expositions que j’organise.

Pourquoi le Japon ?
Cela ne se choisit pas. Comme aujourd’hui le Japon est toujours mon actualité, ça montre que ce pays me passionne. Et aussi que je partage avec les Japonais beaucoup de choses : leurs valeurs, leur rapport à la nature, au silence, à l’espace et aux éléments, leur façon d’habiter le monde et de transmettre les savoirs.

Comment vos chemins se sont-ils croisés ?
Au départ, je travaillais dans le design et je m’intéressais à l’architecture. A Paris, j’ai pu voir de belles expositions et rencontrer des Japonais. Toute cette sensibilité m’a interpellé.
J'ai la chance d’avoir une compagne japonaise, architecte d’intérieur qui plus est, et donc la possibilité d’aller au Japon régulièrement. Nous partageons le même sens de l’esthétique, nous vivons ce croisement de cultures que je reproduis dans ma galerie.
Dès mes premiers voyages, j’ai passé mon temps à visiter des ateliers et des artisans, ce que je faisais déjà en France. J’ai ramené des objets en bois, des céramiques, je les collectionnais car je les trouvais très beaux, et utiles au quotidien.
Des personnes que je côtoyais dans mon domaine s’y sont intéressées et m’ont sollicité. Et de bout en bout, cela m'a amené à créer cette galerie et une agence pour présenter ces artisans et les exposer en France.

Quelle est la part de Japon dans ton quotidien?
Je dirais 50/50. Une partie concerne les œuvres exposées dans la galerie et dans notre appartement parisien. L’autre moitié est représentée par mon public français qui aime l’idée de voyage, d’exploration et découvrir cette esthétique à travers mon regard.
Je m’attache à un certain minimalisme dans le rapport à l’espace et à la lumière, j’aime marier les objets français anciens et des tableaux japonais contemporains.
J’ai exposé des calligraphies en grand format avec des céramiques de l’époque Heian. Je les achète chez des antiquaires au Japon, ce sont des gens passionnés avec une grande richesse humaine.
Au Japon, les artistes contemporains s’inspirent de l’époque médiévale, de la période Heian (794-1185) ou de Nara (710-794). De ce retour à la source, on retrouve la pureté des lignes et l’esthétique correspond à toute une époque très pacifique au Japon, où les arts se sont beaucoup développés.

Comment trouves-tu les artistes, les œuvres et objets que tu exposes ?
Il y a beaucoup de hasard dans mes rencontres avec les artistes. Bien sûr il y a les réseaux sociaux mais ce n’est pas comme ça que je les découvre.
Certains ont un énorme talent, ils sont très actifs mais pas connus. C’est eux que je cherche.
Il n’y a pas de marché de l’art au Japon, c’est en travaillant sur des projets spécifiques, un appartement, un hôtel, un restaurant qu’un artiste est sollicité. Il exerce, il expose et il a un public.
Il n’est pas dans une côte. Cette nature sincère dans le travail et dans le regard qu’on porte à ses œuvres, au-delà d’un prix, c’est ce que j’aime.
Nous passons tous nos étés au Japon, à visiter différentes régions. Ma base est à Kyoto, une ville d’une grande richesse architecturale, où on trouve beaucoup d’inspirations et d’artistes.
Et après, je voyage. Chaque région a sa spécificité.
Il y a trois ans, j’étais dans les montagnes de Nagano. La région est spécialisée dans le travail du bois, il y a des essences de bois magnifiques et des artisans de grande qualité.
Echizen, côté mer du Japon, est spécialisée dans le papier traditionnel, avec plein de villages qui perpétuent cet art. A Kanazawa, il y a tout le travail de la laque. Plus au Sud, ce sont les céramiques, avec une trentaine de lieux d’activité de fours, chacun avec sa spécialité comme Shigaraki, Bizen, Seto. Ces céramiques sont travaillées avec des terres différentes et leurs finitions sont propres à chaque lieu.
C’est un vrai plaisir de découvrir tout cet artisanat, en plus de l’architecture contemporaine comme sur l‘île de Naoshima.
Jusqu’au 19i siècle, le Japon était un pays fermé. L’ouverture au monde est encore récente pour les Japonais, cela représente à peine quelques générations.
Même si les réseaux sociaux et la médiatisation permettent de montrer son travail, ce sont des gens qui restent entre eux.
Ils se posent toujours la question de savoir pourquoi tu es venu les voir. Cette part de hasard dans la rencontre favorise l’amitié et la fidélité. Il a fallu du temps pour qu’on se connaissent, qu’ils voient et comprennent ma démarche. Une vingtaine d’années en tout.
Ils ont besoin de confiance avant de mettre leur travail dans les mains d’un tiers. Beaucoup s’en sont remis aux premiers venus, ils ont mal été mis en avant, et du coup ils ont perdu du temps. Ces gens sont dans une longue réflexion, leur décision résulte de ce temps là, j’aime beaucoup.

 
 

Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Au niveau architecture, je dirais Tadao Ando. Je suis avec attention son travail d’architecture du béton, de la matière, de l’espace, dans des lieux toujours un peu inédits.
Il y aussi Lee Ufan, un grand artiste coréen qui vit au Japon et que j’ai la chance d’avoir rencontré. Il nous a invités dans son atelier à Kamakura. Il crée des œuvres entre la méditation et des choses comme la force des couleurs.
Beaucoup d’autres personnes méconnues m’inspirent. Elles demandent à être valorisées, c’est ce que je fais : chercher des gens qui ont de la profondeur, qui incarnent vraiment leur culture et qui sont ouverts au monde. Et quand l'œuvre est ici en France, ça fonctionne.

Tu représentes également des artistes scandinaves ?
J’étais très expert sur le Japon, je trouvais que cela me restreignait un peu.
Avec mon expérience et mon réseau dans le design, j’ai trouvé un second centre d’interêt dans les pays Nordiques, notamment la Finlande.
La Finlande et le Japon partagent un même art de l’artisanat, avec des constructions en bois. Ce sont des lieux où la nature est omniprésente, avec 80% de forêts.
Leurs habitants ont le même rapport au silence, à la finition, au détail qui fait partie d’un tout, ce sont des gens qui ont le souci de l’honnêteté.
Ça marche très bien, car les petites marques de design que je représente s’associent avec des artistes japonais et aujourd’hui quelques artistes français.
J’ai eu de beaux articles il y a quelques années dans la presse, les journalistes se sont intéressés à ma démarche un peu unique en France, à cet échange interculturel entre les pays Nordiques et l’Asie.
A Paris, il y a énormément de choses, tous les arts, toutes les époques sont représentés. Alors les pays nordiques, c’était un moyen d’attirer le regard du public sur ce travail de la main que j’aime tant.

Comment vis-tu la période actuelle ?
Cette période où les voyages sont restreints, les contacts freinés, les lieux moins visités, cela permet de penser autrement.
Lorsqu’on est indépendant, on a la liberté de pouvoir, c’est un cheminement que j’effectue chaque jour. Cette galerie est comme une embarcation, un petit bateau, elle longe les côtes, prend la mer, elle peut être détournée de sa voie par une tempête.
Et du coup cela amène à faire différemment. Comme présenter des artistes que j’apprécie en France, aujourd’hui et ici. Et un jour au Japon lorsqu’on pourra y retourner.
Ce sera d’autant plus fort que le moment passé sur place me permettra de recréer ce lien du Japon vers la France. Et inversement de la France vers le Japon, pays où j’ai établi de bons contacts et où j’ai l’envie de partager le goût français.
J’ai la chance d’y avoir une partie de ma famille et de pouvoir y séjourner, cela me permettra peut être de prendre le temps de rencontrer d’autres gens et d’exposer des artistes français.

Tu as également organisé des voyages ?
Chaque rencontre avec mes clients va au-delà d’un simple achat, c’est un partage à travers une culture, un continent, une époque que nous vivons. IIs me suivent et cela m’amène à aller dans d’autres endroits, pour découvrir d’autres personnes, c’est stimulant.
Il y a trois ans, j’ai organisé un voyage pour la triennale de Setouchi à leur demande. Au début j’ai hésité, je me suis dit « Organiser des voyages, ce n’est pas mon métier ».
Nous étions sept, nous avons passé dix jours à visiter les îles autour de Naoshima, entre art et architecture. A dormir aussi bien dans des maisons traditionnelles qu’à l’hôtel de luxe imaginé par Tadao Ando. Découvrir ainsi la région, c’était très beau.
Je bénéficie de beaucoup de facilités sur place, je me débrouille en japonais et comme j’ai la chance de parcourir ce pays depuis vingt ans, je peux prendre des raccourcis et faire découvrir des choses merveilleuses.
Ce voyage avait mille fois plus d'intérêt qu’un voyage classique. Mes clients souhaitaient voir certaines choses sur l’art, sur l’architecture et découvrir des aspects très différents du Japon. Au final, nous avons vu beaucoup plus, c’était toute la force de ce voyage.
Un voyage à Tokyo était prévu l’année dernière, toujours à leur demande. Ce n’est que partie remise.

Quels sont tes projets ?
Seul le présent m’intéresse, mon rêve est ma réalité.
Mon présent est un rêve, c’est l’essentiel. Cultiver mon jardin, continuer ma route, ce petit bateau qui s’appelle Anthologie flotte et c’est beaucoup. Mon rêve est perpétuel.

https://www.galerieanthologie.com

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SOPHIE LAVAUR